Pourquoi privilégier l’éducation multilingue basée sur la langue maternelle ?

Posté par Sorosoro le 27 novembre 2010

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Par la sociolinguiste finlandaise Tove Skutnabb-Kangas qui s’est spécialisée, entre autres, sur l’éducation multilingue, et est impliquée en particulier dans des projets d’éducation en langue maternelle au Népal et en Inde.

Tove Skutnabb-Kangass

Quand les enfants arrivent à l’école, ils peuvent parler de choses concrètes de la vie quotidienne dans leur langue maternelle : ils peuvent voir et toucher les choses dont ils parlent et ont un retour immédiat s’ils ne comprennent pas. Ils parlent couramment, avec un accent authentique, et ils connaissent la grammaire de base et de nombreux mots concrets. Ils peuvent exprimer tous leurs besoins basiques dans leur langue maternelle.


Cela peut être suffisant pour les premières années de scolarisation, où les enseignants parlent encore de choses que les enfants connaissent. Mais plus tard à l’école, les enfants ont besoin de concepts abstraits plus exigeants intellectuellement et linguistiquement ; il leur faut être capables de comprendre et de parler de choses lointaines  (par exemple en géographie, en histoire) ou de choses qui ne peuvent être vues (par exemple des concepts mathématiques et scientifiques). Ils doivent pouvoir résoudre des problèmes en utilisant seulement le langage et un raisonnement abstrait.


Les enfants doivent donc développer ces concepts abstraits sur la base de ce qu’ils connaissent déjà dans leur langue maternelle. Si le développement de la capacité cognitive et académique en langue maternelle (qui est reçue essentiellement dans le cadre d’une éducation formelle) est arrêté lorsque l’enfant commence l’école, il peut ne jamais avoir la possibilité de développer une pensée abstraite plus importante dans quelque langue que ce soit.


Si l’enseignement se fait dans une langue que l’enfant issu d’une communauté linguistique indigène (ou tribale, ou minoritaire) ne connait pas, cet enfant passe ses 2 ou 3 premières années en salle de classe sans comprendre grand-chose à ce qui est enseigné. Il peut répéter mécaniquement ce que le professeur dit sans comprendre, sans développer sa capacité à penser avec l’aide du langage, et en apprenant finalement presque rien des sujets qui lui sont enseignés.


C’est pour cette raison que beaucoup de ces enfants quittent l’école prématurément, sans avoir appris à lire et à écrire, sans avoir non plus développé la maîtrise de leur langue maternelle, et pratiquement sans avoir acquis aucune connaissance scolaire.

Alors que si l’enfant est scolarisé dans sa langue maternelle, il comprend les enseignements, apprend les cours, développe sa capacité cognitive et académique dans sa langue maternelle, et a de très bonnes chances de devenir une personne pensante et cultivée, qui pourra poursuivre son éducation.

>La semaine prochaine, nous vous proposerons la seconde partie de cet article, qui exposera, à l’aide d’exemples concrets, les mécanismes qui font que plus l’éducation en langue maternelle dure longtemps, plus les résultats scolaires sont bons, dans toutes les matières, y compris en langue nationale et en anglais.


www.tove-skutnabb-kangas.org


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