Comment sauver une langue quand elle est en perte de vitesse ?

Posté par Rozenn Milin le 29 janvier 2010

A cette question difficile on trouve selon les lieux, les populations, les militants, des réponses très diverses. Certains se battent sur le terrain politique pour faire voter des lois et des budgets, d’autres mettent en œuvre des actions populaires (création d’écoles, cours du soir), d’autres encore, chercheurs et universitaires, font un travail remarquable de mise en écriture de langues de tradition uniquement orale etc.

Il en est aussi qui proposent des solutions originales et… inattendues ! C’est le cas de Béatrice Ouma, une jeune femme kényane qui a étudié à Rennes, en France, durant quelques années. Elle y a découvert la langue bretonne et a décidé de l’apprendre et puis… de l’enseigner aux enfants de l’ethnie Luo, dans son pays, à Alego près du lac Victoria.

Partant du principe que, quand une espèce ou une plante est menacée, il faut l’implanter ailleurs pour assurer sa survie, et ensuite la réintroduire sur sa terre d’origine lorsqu’elle est redevenue fertile, elle a décidé d’appliquer cette règle à… la langue bretonne ! Elle a donc appris aux enfants de son village kenyan, à des milliers de kilomètres de la Bretagne, à compter, chanter,  discuter en breton, afin que cette langue qui n’est pas la leur continue de vivre…

Le résultat est très étonnant, souvent drôle et toujours émouvant : vous pouvez voir et écouter ces enfants de l’autre bout du monde dans des vidéos qui ressemblent à celles de Sorosoro !

Ils donnent les jours de la semaine en breton et comptent jusqu’à 80 : voir la vidéo 1

donnent les noms des couleurs : voir la vidéo 2, chantent l’hymne breton : voir la vidéo 3

discutent et chantent des chansons traditionnelles, voir la vidéo 4 et voir la vidéo 5.

Un bel exemple de partage de la diversité culturelle !! Il ne reste plus aux enfants bretons qu’à apprendre des chansons en langue luo… !


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Le symbole, suite : au Burkina Faso

Posté par Rozenn Milin le 18 janvier 2010

En octobre dernier, nous avons publié un article sur la pratique du « symbole » comme « moyen d’éducation » dans les pays occidentaux, une pratique que nous avons retrouvée au Gabon lors d’un de nos tournages. Une internaute nous a depuis fait connaître un article publié sur le site de l’Unesco et qui fait écho à notre blog : cet article, signé par Amadé Badini, professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Ouagadougou au Burkina-Faso, fait état de pratiques similaires toujours en vigueur dans son pays.

Nous vous en donnons les premières lignes et vous en recommandons la lecture intégrale sur le site de l’Unesco.

«Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus»

Cette «Prière d’un petit enfant noir», écrite dans les années 50 par le Guadeloupéen Guy Tirolien, conserve malheureusement toute son actualité en Afrique noire, où l’école exerce une violence sur l’enfant dès son arrivée en classe. Au Burkina-Faso, par exemple, elle l’oblige à passer, sans le moindre aménagement psychologique, de sa langue maternelle à une langue étrangère, en l’occurrence le Français, qui s’imposera désormais à lui comme le seul critère de la réussite.
Au 1er octobre, l’année de ses sept ans, il est interdit à l’enfant — au moins dans les limites de l’école — de faire un quelconque usage de la langue nationale qu’il maîtrise: le mooré, le peuhl, ou le dioula… Il est contraint de faire l’apprentissage de l’écriture dans une langue qui n’est pas la sienne, à travers des textes qui évoquent le village français avec son clocher, et selon des programmes qui lui feront étudier Paris avant Ouagadougou.
Des châtiments humiliants — on lui accroche parfois un crâne d’âne au cou, avec cette étiquette «Âne, parlez français!» —, achèvent de le convaincre de l’atmosphère de conflit violent que l’école lui réserve. (…)


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